Partager l'article ! L'impromptu de Versailles, par Molière, comment justifier qu'on a du talent... (1/2): . (Mlle Béjart) Si cela vous f ...
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(Mlle Béjart) Si cela vous faisait trembler, vous prendriez mieux vos précautions, et n'auriez pas entrepris en huit jours ce que vous avez
fait.
(Molière) Le moyen de m'en défendre quand un roi me l'a commandé?
(Mlle Béjart) Le moyen! Une respectueuse excuse fondée sur l'impossibilité de la chose dans le peu de temps qu'on vous donne; et tout autre en votre place ménagerait mieux sa réputation, et se serait bien gardé de se commettre comme vous faites. Où en serez-vous, je vous prie, si l'affaire réussit mal? Et quel avantage pensez-vous qu'en prendront tous vos ennemis?
(Mlle de Brie) En effet, il fallait s'excuser avec respect envers le Roi, ou demander du temps davantage.
(Molière) Mon Dieu, Mademoiselle, les rois n'aiment rien tant qu'une prompte obéissance, et ne se plaisent point du tout à trouver des obstacles. Les choses ne sont bonnes que dans le temps qu'ils les souhaitent; et leur en vouloir reculer le divertissement est en ôter pour eux toute la grâce. Ils veulent des plaisirs qui ne se fassent point attendre, et les moins préparés leur sont toujours les plus agréables, nous ne devons jamais nous regarder dans ce qu'ils désirent de nous, nous ne sommes que pour leur plaire; et lorsqu'ils nous ordonnent quelque chose, c'est à nous à profiter vite de l'envie où ils sont. Il vaut mieux s'acquitter mal de ce qu'ils nous demandent, que de ne s'en acquitter pas assez tôt; et si l'on a la honte de n'avoir pas bien réussi, on a toujours la gloire d'avoir obéi vite à leurs commandements. Mais songeons à répéter s'il vous plaît.
L'impromptu de Versailles, Molière
(Mlle Béjart, Molière et Mlle de Brie, scène I)
(Molière) Taisez-vous, ma femme, vous êtes une bête.
(Mlle Molière) Grand merci Monsieur mon mari, voilà ce que c'est, le mariage change bien les gens, et vous ne m'auriez pas dit cela il y a dix-huit mois.
(Molière) Taisez-vous, je vous prie.
(Mlle Molière) C'est une chose étrange, qu'une petite cérémonie soit capable de nous ôter toutes nos belles qualités, et qu'un mari, et un galant regardent la même personne avec des yeux si différents.
(Molière) Que de discours.
(Mlle Molière) Ma foi, si je faisais une comédie, je la ferais sur ce sujet, je justifierais les femmes de bien des choses dont on les accuse, et je ferais craindre aux maris la différence qu'il y a de leurs manières brusques, aux civilités des galants.
L'impromptu de Versailles, Molière
(Molière et Mlle Molière, scène I)
